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Discours de fonctionnaire

J'ai reçu une bonne nouvelle la semaine dernière qui a viré rapidement en cauchemar. Je sais c'est cliché. Mais c'est tellement cela...

L'école de Petit monstre poilu a eu des sommes pour engager une orthophoniste deux jours semaine. J'attendais avec impatience de savoir si Petit monstre allait pouvoir bénéficier de ses services. J'ai eu l'appel vendredi matin. Oui, elle pouvait le prendre. Oui effectivement il avait besoin d'aide mais j'étais sur une liste d'attente à Raymond Dewar, un institut spécialisé, et cela pouvait poser problème. Elle avait une famille qui venait tout juste de se voir fermer la porte de Raymond-Dewar parce que l'école offrait des services à leur enfant et elle ne voulait pas qu'il m'arrive la même chose. Avant de voir Petit monstre, il valait mieux que je me renseigne.

J'ai fait ni une, ni deux. J'appelle à l'admission de Raymond-Dewar.

Après les présentations d'usage, j'ai posé une question hypothétique. «Admettons que mon fils reçoive des services à l'école, est-ce que vous allez le prendre quand même?»
«Cela dépend de ses besoins, mais si l'école lui donne des services, on ne va pas en donner nous aussi. Par contre, si on donne des services temporaires, alors on peut lui en donner.»
«Donc, si je comprends bien. Je peux prendre les services de l'école en attendant que vous me contacter car je suis sur la liste d'attente et Petit monstre poilu a besoin de service maintenant. Il ne suis pas le groupe maintenant. Il a de l'orthopédagogie deux fois par semaine.»
«L'orthopédagogie ne pose pas de problème car nous n'en donnons pas, mais il ne peut pas recevoir de l'orthophonie à l'école et ici en même temps.»
«Non, je comprends bien. Mais, il peut en recevoir en attendant à l'école jusqu'à ce que vous soyez prêt à le prendre?»
«Cela dépend. On va évaluer au moment où on sera prêt à le prendre.»
«Oui mais en attendant, de façon temporaire, cela ne devrait pas poser de problèmes?»
«Madame, vous cherchez à avoir une réponse claire alors que je ne peux pas en donner une.»
«Vous me demandez de jouer à la roulette russe avec les besoins de mon enfant. Si je prends les services de l'école, il se peut que je perdre vos services mais l'école en donne seulement si elle a les moyens et des coupures dans ces services on a déjà vu cela.»
«S'il a encore des besoins à ce moment-là, il pourra retourner sur la liste d'attente pour avoir des services.»
«oui mais la liste d'attente est d'un an! Au bout de cela, il va falloir tout recommencer à zéro parce que cela va faire un an qu'il attend. Il va falloir refaire une évaluation, donc trois semaines sans services en plus. cela n'a pas de bon sens. Pourquoi est-ce que je ne peux pas faire l'école en attendant d'avoir vos services qui sont plus complets? Je vais avoir besoin d'une évaluation neuropsychologique pour voir s'il a un déficit d'attention ou une dyslexie comme son frère et cela l'école ne peut pas le faire. Cela lui permettrait de ne pas prendre trop de retard.»
«Madame, on ne peut pas gaspiller de l'argent des contribuables sur un enfant en lui donnant le même service que l'école.»

J'ai raccroché. J'ai parlé à mon conjoint qui s'est mis en colère (pas contre moi mais le système). On s'est dit qu'il fallait choisir le meilleur pour Petit monstre poilu et c'est Raymond-Dewar qui va répondre plus globalement à ses besoins. J'ai contacté l'orthophoniste et j'ai décliné son offre. Je me suis levée de ma chaise et je suis allée pleurer dans la salle de bain au bureau. J'ai horreur de me donner en spectacle en public mais cela sortait tout seul. J'ai essayé d'aller à mon cours de yoga en me disant que cela ferait du bien. Je n'ai pas duré trente secondes. J'ai pris une bonne respiration et les larmes ont coulé. j'ai pris mon tapis, je me suis changée, j'ai pris mon manteau et je suis rentrée chez moi. Ensuite, j'ai marché pendant un heure et demi en marche rapide avant de retrouver mes esprits.

C'est difficile à expliquer à quelqu'un qui n'a pas ces problèmes pourquoi une réponse de fonctionnaire vient te chercher comme cela, mais le «gaspiller de l'argent» en donnant des services deux fois à un enfant m'est resté dans la gorge. Une boule de sentiment d'injustice et d'impuissance qui ne voulait pas passer. En allant chercher mon Petit monstre à l'école, je suis passée par le bureau de l'assistante directrice. On a parlé avec l'orthophoniste qui était à l'école. On va contourner le problème. Comme on ne peut pas donner des servies directement à Petit monstre poilu sans le pénaliser, on les donner au professeur pour qu'il puisse aider mon enfant. Mais j'enrage d'avoir à mentir pour que mon fils ait des services adéquats.

Prochaine étape

Le temps file à une vitesse vertigineuse. Me voilà en train de chercher une école secondaire pour Grand monstre poilu! Enfin, ce n'est pas le même genre de course que mes collègues (voir ancien texte)mais quand même, j'ai le choix entre deux écoles!!! La privée, Vanguard spécialisée en dyslexie, et le public, je ne sais pas trop encore quelle école.

Donc, je ramasse ce qu'il me faut pour Vanguard. Oups! il me manque une info. En téléphonant à l'admission, j'apprends que l'école prend d'abord les références des commissions scolaires, puis ensuite, au mois de mai, contacte ceux qui ont fait leur demande tout seul. Je ne fais ni une ni deux et je contacte ma commission scolaire...pour me faire dire que la CSDM ne fait plus de référence. F-I-N-I. On préfère les garder dans le système. OK, mais où vont-ils? Sait pas. Si cela vous intéresse de le savoir, il faut appeler vous-même l'école secondaire de votre quartier. Si c'est pas elle qui est en mesure de le recevoir, on vous indiquera une autre école. Bonjour l'efficacité! Je me sens en confiance. Si l'école publique prend en charge mon enfant, il sera encadré pas à peu près! On est prêt pour le recevoir c'est sûr...

Ma demande est envoyée à Vanguard aujourd'hui. Il ne sera probablement pas accepté car la dame à l'admission m'a confirmé qu'ils ne prennent pas d'enfants en bas de 13 ans pour le secondaire et Grand monstre poilu n'aura pas atteint cet âge vénérable au moment voulu. J'aurai donc trois choix: ils lui offriront peut-être une place à Vanguard au primaire, il redouble sa 6e où il est présentement (son option préférée) ou il va au public.

Laissez-moi vous dire que la dernière option n'est pas envisagée avec plaisir par ses parents. Si vous voulez les garder dans le système, organisez-vous pour les recevoir comme au primaire, avec des classes précises, des services en place et une structure déjà fonctionnelle. Après tout, c'est un segment de clientèle en croissance qui vient de plus en plus avec des budgets alléchants. On veut garder les subventions dans le système publique. C'est clair que les commissions scolaires voient leur bénéfice. Fine. Mais ce sont des enfants qui ont besoin de services qui ne se trouvent pas à la dernière minute. Si vous ne savez pas où les envoyer, on est mal parti!

Comment savoir si son enfant a des problèmes sérieux?

Il y a une question qui me trotte dans la tête depuis 3 ans maintenant. Depuis le moment où on a commencé à essayer de trouver des réponses aux difficultés de Grand monstre poilu. Aurais-je dû savoir avant? Ne savais-je pas dans mon for intérieur de mère que mon ainé était en difficulté? Qu'aurais-je pu faire de différents?

Je me pose la question car je me questionne sur l'école en général, l'école en tant que système et aussi en tant que microscome qui est en charge de mes enfants pendant la journée. Avant de pointer du doigt, j'aime bien me regarder le nombril....

Dès la 1ere année, les difficultés étaient là. Il n'apprenait pas au même rythme que les autres. C'était plus qu'une petite difficulté. Il y avait d'autres signes comme sa notion du temps qui était déconnectée. Par exemple, il ne pouvait pas raconter une histoire dans le temps, dire cela m'est arrivé hier ou avant-hier. Il disait, un jour ou un moment donné, ce n'était jamais précis. Pour lui le temps était une notion bizarre.

Quand il lisait, il ne reconnaissait pas le mot. Il pouvait lire «comme» dans une phrase mais être incapable de le déchiffrer trois phrases plus loin. Combien de fois ais-je dit: «mais tu viens juste de le lire, tu ne le reconnais pas?».

Je ne peut pas dire que je ne me doutais de rien. Ce n'est pas vrai. Je savais que quelque chose clochait mais quoi...cela m'a pris trois ans pour le savoir.

À cette étape, l'école ne sonne pas l'alarme. Certains enfants ne débloque pas la lecture avant la fin de la 1ere, début 2e année et puis ensuite sont totalement autonome. Pas le mien. On a sonné l'alarme vers la fin de la 2e année. Rencontres multiples dans les bureaux avec la directrice et la professeur pour voir ce qu'on peut faire. Une dame à l'Association québécoise des troubles de l'apprentissage m'a dit que j'avais une bonne école car elle réagissait et m'incluait dans ses démarches. La plupart ne le font pas semble-t-il. C'est donc quelque chose que les parents peuvent et doivent exiger: des plans d'intervention. J'en ai un par année scolaire avec plusieurs suivis dans l'année incluant la directrice ou l'assistante directrice, l'orthopédagogue et le professeur. On sort de la réunion avec un document écrit où on établit des objectifs pour Simon avec des moyens pour y arriver.

Aurait-on dû agir avant? Pouvait-on le faire? Il fallait d'abord s'assurer qu'il y avait une difficulté permanente avant d'agir que ce n'était pas tout simplement une incompréhension passagère. Après tout, la lecture n'est pas généralisé dans l'histoire de l'humanité depuis si longtemps que cela. C'est quelque chose de difficile à faire et à apprendre.

Non, je pense que la maternelle et la 1ere année ne sont pas des moments de diagnostique idéal pour certains troubles de l'apprentissage. Il faut d'abord éliminer pour trouver le bobo et il y a trop de paramètres avant la 2e pour pouvoir le faire. C'est après que les excuses ne prévalent plus, que le système laisse tomber nos enfants. L'école/microscome et le parent sont perdus et doivent trouver leur chemin dans le dédale des services possibles et impossibles en raison du manque de personnel et d'argent.

C'est une réflexion que je continuerai au cours des prochains jours. Après tout, j'avais promis un récit de nos démarches pour aider les autres parents à trouver leur ressource...